Comme nous l'avons vu, en France au fil du temps, nous
avons peu à peu coupé nos relations avec la terre, avec notre enracinement géographique. Et donc avec notre passé, et nos manières traditionnelles de "faire"...
Avec la Révolution
industrielle, ce sont des pans de vie, ancestraux, basés sur des approches dans le "ici et maintenant" et le "ensemble", qui se sont peu à peu dissouts.
Il s'en est suivi une désorganisation des rythmes de
vie : à partir de ce moment, le travail salarié est devenu une norme en construction : contre son temps, on recevait un salaire.
Après la Seconde Guerre
Mondiale, ça a été l'essor de la société de consommation. Après des années de manque et de pénurie, le progrès allait permettre l'amélioration des conditions de vie, et on
allait pouvoir vivre et profiter...
La ruée a été abyssale, et la réponse aux besoins a été un créneau
très porteur et très lucratif.
Après les besoins primaires, les industriels et créateurs se sont
engouffrés dans les besoins de deuxième et troisième génération, et, à notre époque, nous ne savons plus trop quoi inventer pour favoriser la consommation à tout prix...
A l'heure actuelle, ce que nous observons est une
surproduction, une surconsommation, une délocalisation des économies et des emplois au profit d'exploitations humaines et environnementales
rendues possibles par des niveaux de conscience et de droits moindres.
Mais dans les "vieux pays", la question du sens
émerge peu à peu, portée par la psychologisation croissante de la société et l'ère des médias de masse (Internet notamment).
Notre modèle
s'est essoufflé. Les questions de qualité, de durabilité, d'utilité sociale se frayent peu à peu un chemin dans les
esprits.
Ainsi, il y a eu le Parlement des Entrepreneurs
d'Avenir en février 2009, qui a été un vrai coup de semonce : des entrepreneurs se positionnaient clairement sur le "comment" et le "pourquoi", en posant la question des effets
générés.
L'Economie Sociale et Solidaire (ESS) n'a jamais été
autant visible, de part le modèle qualitatif et alternatif au capitalisme (modèle guerrier par excellence, et déconnecté des effets à plus ou moins long terme) qu'elle propose.
Et enfin, les entreprises les plus classiques parlent désormais de
"social business" pour caractériser des actions qui se trouvaient auparavant reléguées aux oubliettes ou à la marge de leurs activités principales.
Bref, le monde change et les attentes des consommateurs également.
L'innovation est continue, et même si de nombreuses entreprises
restent axées, par tradition, sur les innovations technologiques, le coeur des innovations se trouve dans les innovations sociales.
C'est là véritablement que le potentiel humain peut se
révéler.
Il nous faut collectivement passer d'un modèle relativement stable,
prévisible (caractérisé par la domination du CDI en terme de contrat de travail) à un modèle plus fluctuant, moins lisible et prévisible, donc plus angoissant.
C'est une évolution majeure qui doit nous conduire à
appréhender la réalité avec de nouvaux repères.
Pour se faire, les modèles éducatifs et le domaine de la formation sont à
remanier en profondeur : la formation doit devenir un processus continu, tout au long de la vie (évolution en cours), et la question du Désir, de ce que l'on aime faire, de
ce que l'on sait faire, devient axiale, pour soi, certes, mais aussi pour la société.
Le gaspillage ou la
sous-utilisation des talents et des potentiels, avec leurs lots de frustrations, de mal-être, de créations de non-qualité, ... ne sont plus tolérables au 21ème siècle.
Il n'est plus temps d'être un bon exécutant. Ceci correspond à un modèle
dépassé.
Il est temps d'être un acteur à part entière. De sa vie, de son
parcours professionnel.
L'adaptation s'apprend. L'autonomie
également.
Il est temps de réinterroger individuellement et collectivement les
modèles de réussite prônés, et de voir leurs effets à court, moyen et long termes.
En acceptant de voir, la non-durabilité saute aux yeux.
Les prochaines étapes ?
L'organisation et la structuration des contenus éducatifs et de formation pour déployer une Vision de réussite
pour tous.
Une sécurisation des transitions professionnelles (alternance temps travaillés - temps de formation...).
La mise en place partout sur le territoires d'instances de "réflexion pour le futur souhaitable", avec tous les
citoyens.
L'évolution nous conduit à nous percevoir comme une grande
famille humaine, sur une petite planète qui a déjà beaucoup souffert...
Nous pouvons, au niveau des Etats, décider de créer des
activités qui apportent réellement un plus et qui sont qualitatives dans leurs effets (en terme de lien social, de qualité de vie, ...).
Ceci est un choix et Patrick VIVERET en parlait déjà dans son rapport
intitulé "Reconsidérer la richesse".
Un mot pour terminer
: tous ces changements réveillent des peurs très profondes en nous. Nous avons l'impression d'une catastrophe imminente...
Et pourtant...
Nous n'avons jamais été aussi proche de notre épanouissement, au
niveau individuel, mais aussi en tant que peuple, relié.